mardi 14 octobre 2014

14 octobre(mois du Rosaire)

Quatorzième jour : La dévotion du Rosaire a été accueillie par le concours unanime des Fidèles

A l'époque de l'institution du Rosaire, il y eut un redoublement de ferveur pour le culte de Marie. Une preuve évidente c'est que, dans le treizième siècle, les temples et les chapelles en l'honneur de la Sainte Vierge se multipliaient partout. On assure qu'à Constantinople on comptait cinquante-neuf églises ou chapelles érigées en l'honneur de Marie; et à Rome on en comptait cent soixante-sept, tant l'empressement des fidèles à honorer la mère de Dieu était prodigieux. Ce redoublement de ferveur produit par l'institution du rosaire, explique comment il se fait que cette dévotion est si répandue dans tous les pays, non-seulement parmi les membres de la confrérie, mais parmi toutes les personnes dévoués à Marie, que l'on voit dans toutes les conditions comme dans tous les états, dans les villes, comme dans les bourgs, la plupart des chrétiens fidèles à ses pratiques. Eh!comment n'attacheraient-ils pas du prix à une dévotion pour la propagation de laquelle ils voient partout d'augustes exemples?

D'abord parmi les souverains Pontifes, depuis l'origine du Rosaire, les uns ont enrichi d'indulgences cette dévotion; les autres ont fait inscrire leurs noms dans les registres de la confrérie; tous récitent avec confiance le Rosaire et le distribuent même à ceux qu'ils honorent de leur affection ou de leur estime. Boniface VIII, ayant fait représenter sur le satin les Mystères du Rosaire, ordonna qu'on les mit, après sa mort, dans son cercueil, comme une marque de l'estime qu'il faisait de cette dévotion.Les évêques s'honorent partout, non-seulement de réciter le Rosaire, mais d'en propager la pratique dans leur propre maison, ainsi que parmi le Clergé et les fidèles, appuyés sur l'usage transmis par leurs prédécesseurs et par les plus illustres évêques de la catholicité: Saint Charles Borromée, Saint François de Sales, etc. Tous les fondateurs d'Ordres ou de Congrégations des derniers siècles, ont adopté cette dévotion et l'ont prescrite à leurs disciples qui se font un
devoir d'allier cette dévotion avec celles de leur institut, et de la propager parmi les fidèles. Tous les
missionnaires apostoliques l'ont préconisée dans leurs prédications. D'ordinaire ils faisaient réciter dans leurs missions, comme on le fait encore de nos jours, une partie du Rosaire, attribuant à cette dévotion toutes les bénédictions que Dieu répandait sur leurs travaux.

Tous les princes chrétiens, les chefs augustes des Etats de l'Europe, ont donné l'exemple à leurs peuples en adoptant et en pratiquant cette dévotion. En Allemagne, l'empereur Charles-Quint regardait le Rosaire comme une excellente pratique pour obtenir la protection de Dieu. Il était si fidèle à réciter le rosaire, que, lorsqu'il l'avait commencé, il ne l'interrompait jamais pour les affaires les plus importantes de son empire; et quand on venait pour l'interrompre, il répondait: « Après avoir achevé le Rosaire, je m'occuperai des affaires de la guerre ». En Portugal, le roi Alphonse V, disait à ses ministres: « Prions la sainte Vierge, afin que Son Rosaire soit le guide du gouvernement de mon empire ». En Espagne, Philippe II, dans les avis qu'il donnait à son fils pour bien gouverner son royaume, lui disait: « Mon fils, si vous voulez mettre vos royaumes à l'abri de tous dangers, portez toujours avec vous le Rosaire ». Dans le duché de Parme et de Plaisance, le duc don Ferdinand, modèle de piété parmi les confrères du Rosaire, fit un opuscule sur cette dévotion pour en faciliter
la pratique à ses sujets. En Bohême, le roi Jean disait, en parlant du Rosaire: « J'ai mis dans cette dévotion toute confiance pour mon salut ».

Marie-Thérèse, d'Autriche, épouse de Louis XIV, fut héritière de la dévotion de la reine régente; elle suivait comme elle la procession du rosaire, les premiers dimanches du mois et les fêtes de la Sainte Vierge, dans tous les lieux où elle se trouvait; et elle s'acquittait exactement de tons les autres devoirs de la confrérie. Louis XIV, reçu dès son berceau dans la confrérie, fut toute sa vie fidèle à celle dévotion, le Père De La Rue rapporte qu'ayant trouvé un jour ce monarque récitant son Chapelet, composé de fort gros grains, il lui en témoigna une surprise accompagnée de sentiments d'édification, à cause de ses nombreuses et importantes occupations: « Ne soyez pas surpris, lui dit le roi, je me fais gloire de dire mon chapelet; c'est une pratique que je tiens de la reine, ma mère; et je serais fâché de manquer un seul jour à m'en acquitter ». En Angleterre, le roi Jacques II faisait réciter tous les jours, publiquement et en présence de toute sa cour, une partie du Rosaire, avec l'explication des mystères.

Nous pourrions citer encore d'illustres exemples, mais nous devons nous borner; on les trouvera dans les recueils volumineux où ils sont consignés. En France, les progrès du Rosaire ont été si rapides de siècle en siècle, que les églises du Rosaire ne pouvaient contenir les fidèles, tant l'affluence était considérable. A Toulouse, surtout, il y eut une époque où le concours immense des fidèles fut si tumultueux, à cause de la foule, que deux ordres religieux de cette ville, pour satisfaire la dévotion des peuples, voulurent introduire un nouveau genre de Rosaire; mais le Saint Siège refusa de l'approuver. L'Europe s'empressa de se ranger sous l'étendard du rosaire; on forma des associations dans les villes et les campagnes. Mais cette dévotion n'a pas été resserrée en Europe; elle s'est propagée partout, en Afrique, en Amérique et en Asie, avec une étonnante rapidité, avec un zèle et une édification qui croissent chaque jour et qui produisent des fruits infinis de grâce et de sanctification dans tous les lieux où la confrérie est établie. Il est plusieurs paroisses où il est d'usage
d'inscrire dans la Confrérie du Rosaire les enfants le jour de leur première communion, tellement l'on
considère cette association comme étant à la portée de tous, et l'on juge naturel pour tout chrétien d'en faire partie, flous ne pouvons qu'approuver cet usage, pourvu qu'on ait soin d'expliquer aux enfants et au peuple quel est l'esprit de cette confrérie, quelles en sont les obligations et les faveurs; points que nous aurons lieu de développer les jours suivants; mais auparavant nous verrons demain ce qu'on entend par confrérie en général, et par Confrérie du Rosaire en particulier.

Résolution

Plus une dévotion est générale et populaire, et plus elle doit nous paraître sainte et divine: ce principe d'un docteur de l'Eglise s'applique sans nul doute à la dévotion du rosaire que nous apprenons mieux à connaître chaque jour comme étant populaire et universelle. Prenons donc aujourd'hui la résolution de la pratiquer, ou, si nous la pratiquons déjà, celle de ne jamais la négliger, mais de nous en acquitter avec un vif désir d'imiter tous les fidèles enfants de l'Eglise qui se sont toujours fait un devoir de payer ce tribut d'hommages et d'invocation à la Mère de Miséricorde.

Prière


Il est passé en proverbe, Seigneur, que la voix du peuple est Votre propre voix; j'en reconnais la vérité relativement à la belle, à la Sainte dévotion du Rosaire. Faites donc, Dieu de bonté, que je m'unisse chaque jour aux nombreux fidèles qui, en méditant les principaux Mystères de la Religion, implorent l'assistance toute-puissante de Marie; je Vous demande la grâce de ne faire avec eux qu'un coeur et qu'une âme pour Vous louer, Vous bénir, Vous remercier et Vous glorifier par Marie, que Votre Divin Fils nous a donnée pour Mère du haut de Sa Croix où Il mourait pour notre rédemption. Ainsi soit-il. 

lundi 13 octobre 2014

13 octobre (mois du Rosaire)

Treizième jour : La dévotion du Rosaire a été autorisée par des miracles

Les miracles de protection particulière de Notre Dame du Rosaire sont très nombreux; il faudrait des
volumes entiers pour en rapporter seulement les principaux. Nous nous bornerons aux plus connus, et nous citerons des miracles de préservation ou de délivrance, de guérison et de conversion.

Monsieur Gaultier, docteur en médecine, inscrit dans la Confrérie du Rosaire, partit en 1805 pour l'armée, en qualité de chirurgien, bien résolu de remplir eu toute occasion ses devoirs de chrétien et d'associé du Rosaire. Fidèle à cet engagement, au milieu des périls de mille séductions, il en fut récompensé par une assistance de la Sainte Vierge, qu'on peut appeler miraculeuse. En 1808, il se trouvait à Madrid, lorsque éclata cette fameuse insurrection du 2 Mai, où le peuple espagnol massacra sans pitié, durant plusieurs heures, tous les français qu'il put rencontrer. La veille, premier dimanche du mois, suivant l'usage des fervents associés, M. Gaultier, avait fait la communion en l'honneur de la sainte Vierge. Le jour de l'insurrection, ignorant le mouvement qui se préparait, il sort de chez lui pour se rendre à son poste, et bientôt il est au milieu d'une bande furieuse, armée de poignards; elle s'empare de lui et s'apprête à le massacrer. Dans ce danger imminent, son premier soin est de se recommander à Dieu et d'implorer la protection de Marie. Entendant les Espagnols traiter les Français d'impies: « Eh ! Non, leur dit-il, je ne suis pas un impie, en voulez-vous la
preuve ? » Et aussitôt il tire de sa poche le rosaire qu'il portait toujours sur lui. A la vue de ce rosaire, le meurtriers s'arrêtent comme par enchantement: instruits de la piété de Monsieur Gaultier par un homme qui le connaissait et que le ciel lui envoyait pour rendre témoignage, au lieu de le massacrer, ils le comblent de caresses, lui enlèvent son rosaire, le baisent avec respect, le font baiser à tous les assistants et à lui-même, et le conduisent dans une maison sûre pour le mettre à l'abri de tout danger. « Plus je réfléchis, dit Monsieur Gaultier, aux circonstances de cet événement, plus je reconnais devoir la vie à la protection de la Sainte Vierge du rosaire ». Si ce n'est pas un miracle proprement dit, c'est tout au moins une assistance spéciale et manifeste.

L'an 1578, la peste désolait la Lombardie et la plus grande partie des habitants de Pavie avaient déjà été enlevés par ce fléau, lorsque cette ville fit vœu de bâtir une chapelle magnifique à Notre Dame du Rosaire, si elle daignait écarter cette fatale calamité: la peste cessa ce jour-là même. En reconnaissance de ce bienfait signalé, les habitants de Pavie firent bâtir une des plus riches chapelles de la contrée. Plusieurs autres villes d'Italie éprouvèrent la même protection. Ce miracle se renouvela à Cologne. La peste faisait un affreux ravage dans cette ville, lorsqu'elle se consacra par un vœu public, à Notre Dame du Rosaire. Elle fut délivrée presque aussitôt. C'est en vertu de ce voeu qu'une procession solennelle y a lieu chaque année.

La dévotion du rosaire a été comme une source d'abondance dans les temps de disette et un remède à une infinité de causes de famine, en beaucoup de pays. On se rappelle encore le succès merveilleux qu'elle eut dans la principauté de Bénévent, enclavée dans le royaume de Naples. La ville de Bénévent était couverte et dévastée par des milliers de petites sauterelles qui dévoraient les grains dans la campagne et qui semblaient être les précurseurs d'une longue famine; les habitants firent une procession générale en l'honneur de Notre Dame du Rosaire: aussitôt le fléau cessa. Les sauterelles se retirèrent le long des murs de la ville, et furent desséchés par les ardeurs du soleil.

Saint Dominique ayant été pris par des pirates en fut très maltraité. Dieu voulut venger son serviteur en soulevant une furieuse tempête qui fit échouer leur vaisseau sur un banc de sable. Dans ce danger imminent où chacun attendait la mort comme certaine, Saint Dominique leur promet au nom de la Sainte Vierge, qu'ils échapperont au naufrage, s'ils veulent se convertir et implorer l'assistance de cette Reine des cieux. Ces pirates suivent ses conseils et commencent à pleurer leurs péchés et à réciter le rosaire, avec respect. Aussitôt le vaisseau se dégage miraculeusement.
Ce fut à la pratique de la dévotion du rosaire que la Reine Blanche de Castille dut de devenir mère de Saint Louis, roi de France et le modèle des rois. Ce fut à la même dévotion pratiquée par sa mère que Louis XIV dut sa naissance, le 8 Septembre 1688, au moment où l'on faisait la procession du Rosaire pour obtenir l'heureuse naissance d'un prince. En mémoire de ce grand événement, la reine, pleine de reconnaissance envers Notre Dame du Rosaire, fit recevoir le roi son fils au nombre des membres de la confrérie.

Les guérisons obtenues par la dévotion du rosaire sont innombrables. Chaque ville, chaque village en conserve le souvenir. Tous les exemples que nous pourrions citer à l'appui n'ajouteraient rien à la persuasion des fidèles; comme notre silence à cet égard ne pourra diminuer, en aucune manière, leur confiance envers Notre Dame du Rosaire. Qu'il nous suffise de faire remarquer que partout, dans les chapelles du Rosaire, on voit clairement par les ex-voto qui y sont attachés, que des aveugles ont recouvré la vue, des sourds l'ouïe, des muets la parole, des boiteux et des paralytiques l'usage des membres, et toute sorte de malades une santé qu'ils ne pouvaient attendre des secours ordinaires de la médecine. Marie est la Protectrice des chrétiens; Elle s'intéresse à leur bien tant spirituel que temporel. Si Elle veille sur nos corps pour les préserver de tous les maux temporels, Elle veille avec plus de sollicitude encore sur nos âmes pour les préserver ou les retirer de l'abîme du péché. Mère des justes, clic est encore plus la Mère des pécheurs, l'asile, le refuge et l'Avocate de
ceux qui veulent se convertir véritablement. Elle s'interpose entre la justice de Dieu et les hommes criminels, pour lui présenter les larmes qu'une arrière contrition fait verser à ceux qui réclament le secours de la grâce d'en haut. Aussi Marie a-t-elle toujours été la consolation des vrais pénitents, parce que sa tendresse a, pour ainsi dire, forcé la Divine Bonté pour en obtenir leur conversion.

Le nombre des conversions opérées par la vertu du Rosaire est incalculable. Combien de pécheurs endurcis, dont le salut était presque désespéré, se sont convertis à l'issue des prières et des méditations du Rosaire ! Combien d'hérétiques opiniâtres dans l'attachement à leur secte ont été éclairés ! Que de villes, de royaumes, de provinces ont été heureusement changés ! Combien ont réformé leurs mœurs ou abjuré leurs erreurs, du vivant même de saint Dominique.

On raconte entre autres le trait suivant. Une femme, remplie de piété et de vertu, avait épousé un homme fort riche, mais malheureusement déréglé dans ses mœurs. Inconsolable d'avoir rencontré un si grand obstacle à son salut, en la personne de son mari, elle consulta Saint Dominique sur le moyen de pouvoir remédier à ce malheur. Ce Saint et illustre dévot de Marie lui conseilla de réciter le Rosaire pendant quinze jours consécutifs, le plus dévotement possible. Cette pieuse femme le récita avec tant de ferveur et avec une si grande abondance de larmes, qu'elle fut exaucée le jour même. Dans la nuit qui suivit ce premier jour de la quinzaine, Dieu représenta si vivement, en songe, à son mari les supplices réservés dans l'enfer aux impudiques, qu'il s'éveilla en sursaut avec un grand frissonnement dans tous ses membres; et, après avoir versé un torrent de larmes sur ses égarements, pénétré de reconnaissance envers Marie, à la vue du danger auquel il s'était exposé, il alla trouver promptement Saint Dominique, se fit recevoir dans la Confrérie du Rosaire, et vécut saintement le reste de ses jours.

Résolution

Pensons souvent aux diverses grâces que la Sainte Vierge nous a obtenues dans le cours de notre vie; et, puisque la lecture d'aujourd'hui et celle d'hier nous prouvent que la pratique du rosaire est, pour ainsi dire, un moyen sujet efficace d'en obtenir les secours nécessaires dans les dangers tant du corps que de l'âme, ayons-y recours chaque jour, puisque chaque jour nous sommes en danger de nous perdre. « Veillez, nous dit saint Pierre, car votre ennemi le démon, semblable à un lion rugissant, tournant de tous côtés et cherchant qui dévorer ».

Prière

O Vierge sainte, on n'a jamais entendu dire que quelqu'un ait eu recours à Vous sans avoir été exaucé; je proclame surtout cette vérité à l'égard de vos fidèles serviteurs qui ont réclamé Votre puissante intercession par la pratique de la dévotion du Rosaire. Plein de confiance en ce moyen que Vous avez prouvé si fréquemment Vous être agréable, je veux, tendre Mère, y avoir sans cesse recours, afin d'éprouver Votre protection maintenant et à l'heure de ma mort. Ainsi soit-il.


dimanche 12 octobre 2014

12 octobre (mois du Rosaire)

Douzième jour : La dévotion du Rosaire a été autorisée par des miracles

Tous les prodiges qui semblent de vrais miracles ne sont pas néanmoins toujours suffisants pour autoriser une dévotion; ils peuvent édifier, encourager la piété des fidèles, leur inspirer de la confiance, quand ils sont revêtus de caractères qui paraissent certains; mais les miracles authentiques par leur publicité historique ou monumentale, et confirmés par le suffrage éclairé de l'Eglise, sont les seuls qui puissent autoriser une dévotion; et, lorsque l'Eglise ou son chef visible établit des fêtes pour en constater la mémoire ou pour rendre grâces à Dieu de quelque bienfait signalé, elle autorise, par cela même, la dévotion qui est l'objet de la fête; or, c'est ce qui est arrivé pour le Rosaire. Il y a des miracles de protection publique et des miracles de protection particulière: nous ne parlerons aujourd'hui que des premiers.

La bataille de Muret, livrée le 3 Septembre 1213, et couronnée du plus heureux succès, est le premier triomphe du au Saint Rosaire: en voici les détails. Vers la fin du douzième siècle s'étaient montrés de nouveaux hérétiques, les Albigeois, Leur parti était puissant et ils arboraient partout l'étendard de la révolte. Il y avait déjà plusieurs provinces infectées de ce poison fatal qui se répandait dans toutes les parties de l'Europe. Albi et les principales villes du Languedoc furent le principal théâtre d'une guerre sanglante. Saint Dominique, brûlant de zèle pour la gloire de Dieu, suppliait sans cesse avec larmes le Seigneur d'avoir pitié de son Eglise. Un jour, la sainte Vierge lai apparut pendant qu'il priait, et le consola en l'assurant que la prédication du Rosaire terrasserait l'hérésie. En effet, à peine eut-il arboré l'étendard du Rosaire et prêché l'excellence et les avantages de cette dévotion, qu'il dessilla les yeux des hérétiques et des schismatiques: on les vit en fouit! accourir de toutes parts, et les églises retentissaient de leurs gémissements et de leurs sanglots. Les Albigeois, effrayés de la multiplicité et de l'éclat de tant de conversions, résolurent de réparer
leurs pertes par un combat décisif: ils rassemblèrent une armée formidable. Le comte de Montfort, le chef des croisés catholiques, ce prodige de piété et de valeur, l'admiration du monde et la terreur des ennemis; en un mot, le Macchabée des catholiques ne voulut engager le combat que sous les auspices de Saint Dominique. Celui-ci paraît avec un grand crucifix au milieu des croisés comme un prophète; il leur promet la victoire, par le crédit de Marie auprès du Dieu des années, s'ils récitent avec dévotion le Saint Rosaire. Le comte de Montfort n'avait que 1800 hommes au plus, et l'armée des hérétiques en comptait 100 000, Plein de confiance dans l'assistance de Marie et dans les prodiges de la prière, il l'attaque, la met en déroute, tue le général en chef, fait un carnage affreux des ennemis et remporte, par la puissante protection de Notre-Dame du rosaire, une des plus signalées victoires des annales du monde. Le 7e jour nous avons parlé longuement de la mémorable victoire de Lépante, à l'occasion de laquelle fut établie la fête de Notre Dame du Rosaire.

La victoire remportée le 18 Septembre 1683 par Sobieski, Jean III, rot de Pologne, est encore un trophée de la protection de Marie. Il n'avait que 75 000 hommes et les Turcs en comptaient 800 000; mais il invoqua le Dieu de la victoire par l'entremise de Marie; et à peine les ennemis qui assiégeaient la ville de Vienne l'ont ils reconnu, qu'ils s'écrient: « Voilà Sobieski », et prennent la fuite laissant un butin immense. Sobieski entre en triomphe comme un libérateur dans Vienne, se transporte à la Métropole, et y entonne lui-même le Te Deum, l'hymne d'action de grâces, pour rendre hommage au Dieu des armées et à la sainte Vierge, dont la protection puissante lui avait obtenu un si mémorable succès. La fête du Nom de Marie fut établie dans l'octave de la
Nativité, à l'occasion de cette victoire.

Le prince Eugène remporta en 1716 plusieurs victoires contre les Turcs bien supérieurs en nombre, et il les attribua toutes à la protection de Marie. Mais ce fut surtout à la bataille de Belgrade, le 16 Août 1717, qu'on reconnut devoir attribuer à l'intercession de Notre-Dame du rosaire l'intrépidité, la valeur, la sagesse et le succès du prince Eugène. En conséquence, le Pape Clément XI fit présent aux Dominicains de Rome, d'un des cinq étendards enlevés à l'ennemi, et ordonna qu'il serait suspendu dans la Chapelle du Rosaire.

L'histoire de France nous fournit encore un trait singulièrement remarquable par ses circonstances. Louis XIII ayant pris la résolution de réduire sous son obéissance l'importante ville de La Rochelle, l'asile et le fort de l'hérésie, mit son armée sous la protection de la Sainte Vierge et écrivit à la reine-mère de faire faire des prières publiques en son honneur pour la prospérité de ses armes. La reine-mère choisit à cet effet l'église des Dominicains pour y faire réciter le rosaire publiquement. A sa demande, l'archevêque de Paris annonça qu'on commencerait cette récitation le 22 Mai 1628 pour la continuer tous les samedis, et lui-même voulut lire à haute voix les sujets et les élévations de chaque mystère. Cette dévotion fut suivie avec beaucoup d'empressement et de ferveur par un concours immense de fidèles. Le roi en ayant été informé, fit pratiquer la même dévotion dans son armée. Le camp résonnait à certaines heures du jour et de la nuit, des louanges de Marie et des prières du rosaire qui furent continuées jusqu'à la réduction de la place: aussi les troupes du roi, « semblables aux Macchabées, combattant de la main et priant du fond du coeur, remportèrent-elles une
victoire éclatante, pleines de joie de l'assistance de Dieu ». (2e. Livre des Macchabées 15). Le roi attribua cet heureux succès à la protection de Notre Dame du Rosaire, et voulut que les pères Dominicains qui se trouvaient dans le camp, entrassent les premiers dans la ville. En effet, ils devancèrent l'armée en chantant les Litanies de la Sainte Vierge, ayant en tête leur bannière qui représentait d'un côté l'image de Jésus Crucifié, de l'autre, celle de Notre Dame du Rosaire, avec cette inscription en latin: « Réjouissez-vous, ô Marie toujours vierge, vous seule avez détruit les hérésies dans tout l'univers ». Ce triomphe fut si éclatant que l'université de Paris, par l'organe de la faculté de théologie de la Sorbonne, ne craignit pas de regarder comme nu miracle de Notre Dame du Rosaire, la défaite des Calvinistes, si ouvertement soutenus par l'Angleterre et dont la ville de La Rochelle était le plus redoutable boulevard.

Ces quelques faits joints à la victoire de Lépante, nous montrent tous des succès signalés obtenus par l'intercession de Marie invoquée par la pratique du Rosaire; ils suffisent sans doute pour autoriser cette dévotion et la faire pratiquer avec plus de ferveur que jamais dans des temps de guerre ou de calamités publiques. Ils nous prouvent aussi que c'est à juste titre que Marie est surnommée Notre Dame des Victoires et que ce n'est pas en vain qu'on l'appelle Secours des chrétiens.

Résolution

Invoquons souvent Marie comme protectrice des empires et des royaumes, et en particulier comme Patronne de la France et Reine du Ciel et de la terre. Si ce pays n'a pas de guerre à soutenir contre des ennemis extérieurs, il en a une contre des ennemis intérieurs d'autant plus dangereux qu'ils ont les moyens de tromper les esprits et d'avoir la multitude de leur côté. Ils ne réussiront pas dans leurs projets, si nous avons soin d'implorer avec ferveur. Notre Dame du Rosaire qui saura obtenir du Ciel les grâces nécessaires pour que la France demeure fidèle à la foi de ses pères, et se distingue toujours par son attachement à notre Mère la Sainte Eglise.

Prière

Seigneur, Dieu des armées, qui tenez en mains le sort des empires, nous avons recours à la puissante Patronne de ce pays, à votre auguste et sainte Mère pour obtenir, par son intercession, que votre Nom soit sanctifié en France, que votre règne s'établisse dans tous les cœurs, et que les ennemis de l'Eglise et de la religion n'y dominent jamais. Nous allons vous demander cette grâce en invoquant Notre-Dame du rosaire par la récitation d'une dizaine du chapelet. Ainsi soit-il.


1 Notre Père, 10 je Vous salue Marie, 1 Gloire au Père. 

samedi 11 octobre 2014

11 octobre ( mois du rosaire)

Onzième jour : Excellence de la dévotion du Rosaire

Nous avons vu hier que la dévotion du rosaire est justifiée par la raison; nous allons voir aujourd'hui qu'elle a été consacrée par l'autorité de l'Eglise et confirmée par la tradition. Les souverains Pontifes sont les organes de l'Eglise; leur autorité doit nous servir de règle et leurs jugements faire loi, surtout lorsqu'ils attestent des faits de tradition ou qu'ils préconisent une dévotion pour la proposer à la piété des fidèles. Leur suffrage doit donc être à nos yeux d'un grand poids; il y a 24 Papes au moins qui ont donné des bulles pour en relever l'excellence et pour en propager la dévotion ou la justifier, depuis Urbain IV contemporain de Saint Dominique et le premier promoteur du rosaire jusqu'à Pie IX. Nous ne pouvons citer que quelques-unes de ces bulles.

Léon X, le 6 Octobre 1520, reconnaît d'abord que la dévotion du rosaire est très-utile pour obtenir de Dieu des secours miraculeux dans les nécessités les plus pressantes; il atteste les grands fruits de cette dévotion étales miracles éclatants qu'elle a produits dans beaucoup de contrées; il confirme et renouvelle les indulgences accordées à la confrérie du rosaire érigée à Cologne, etc. Adrien VI, après avoir attesté que le rosaire est très-utile aux moribonds, et qu'il leur offre de puissants secours contre les artifices et les illusions du démon, à l'heure de la mort, accorde des indulgences aux membres de la confrérie, pourvu qu'ils aient récité une fois le rosaire pendant le cours de leur vie. Clément VII, le 8 Mai 1524, considérant tous les avantages de la confrérie du rosaire, soit pour l'âme, soit pour le corps; les grands biens qui en ont résulté pour les intérêts de la religion, dans l'Eglise; la ferveur qu'elle a ranimée dans les âmes, les grâces extraordinaires qu'elle leur a obtenues, et les m racles mêmes que Dieu a opérés en faveur de ceux qui en ont rempli les devoirs, s'exprime ainsi: « Suivant les traces de nos prédécesseurs qui ont confirmé ou augmenté les indulgences et les privilèges de cette confrérie, y étant porté de notre propre mouvement, et par une dévotion particulière pour cette confrérie du rosaire, nous approuvons, etc ». Saint Pie V, le 18 Juin 1569,
après avoir dit que la dévotion du rosaire est une source de paix, de consolation et de ferveur, ajoute que c'est dans cette vue et pour cette fin, qu'il confirme et augmente les indulgences accordées aux confréries du rosaire, afin que tous les associés, appuyés sur la miséricorde de Dieu et sur l'autorité des bienheureux apôtres Saint Pierre et Saint Paul, reçoivent un nouvel accroissement de grâces et de bénédictions. Sixte-Quint, après avoir proclamé que la confrérie du rosaire a procuré toutes sortes de biens à l'Eglise et aux fidèles, s'exprime ainsi: « Ayant considéré mûrement l'utilité du rosaire de la glorieuse Vierge Marie, institué par Saint Dominique et qui lui a été inspire du ciel, selon une pieuse croyance, et y étant excité par la même dévotion envers la sainte Vierge, confirmons, etc ».

Il résulte de toute cette série de 24 Papes qui, selon les circonstances, se sont empressés d'honorer de leur suffrage le rosaire, de préconiser son auteur et de combler de faveurs spirituelles et de privilèges les membres de la confrérie, que l'Eglise a toujours proposé aux fidèles cette dévotion comme appuyée sur de solides fondements, et digne de leur juste appréciation et de leur piété. Une dévotion déjà si autorisée par l'Eglise dans la personne de ses chefs depuis Urbain IV jusqu'au Pontife actuellement régnant, ne pouvait manquer d'être adoptée, encouragée, préconisée et propagée par l'épiscopat et par tous les Saints personnages qui ont illustré l'Église depuis Saint Dominique. Il n'est pour ainsi dire pas d'évêque qui n'ait établi ou conservé, dans les différentes églises de son diocèse, la dévotion du rosaire. De plus, Saint François de Sales avait fait le vœu de dire tous les jours cinq dizaines du rosaire, c'est-à-dire le chapelet. Saint Charles
Borromée, archevêque de Milan, non content d'être fidèle à cette dévotion par la pratique journalière du Rosaire, en établit la Confrérie dans son église métropolitaine. Saint Alphonse de Liguori, si éminemment dévot à la Sainte Vierge, portait un Rosaire au cou et un autre à sa ceinture; il avait fait le voeu de le réciter tous les jours et il ne cessait de le recommander dans toutes ses prédications. Les membres de la congrégation qu'il a établie, montrent partout le même zèle à propager cette dévotion.

En France, les évêques s'efforcent de ranimer dans leurs diocèses cette pratique de dévotion en érigeant des confréries. Il en est de même en Belgique et ailleurs. A Berlin même, capitale de la Prusse, la dévotion du Rosaire s'est établie et organisée sous la direction de l'autorité ecclésiastique. Les membres de cette pieuse association, partagés en petites séries de quinze personnes chacune, se réunissent tous les soirs à l'église pour réciter le rosaire en commun. Chaque associé s'oblige de plus à payer une petite cotisation, environ 20 centimes, par semaine. Oh ! si les Catholiques allemands imploraient partout avec ferveur la Mère de miséricorde par la récitation du Rosaire, nul doute que cette Reine puissante n'obtint des grâces signalées, et pour eux, et pour leurs concitoyen ? éloignés encore du giron de l'Eglise, qu'ils ont déserté il y a trois siècles, Comme du temps de Saint Dominique, qu'ils disent en se servant des paroles de Moïse : « Si quelqu'un de
vous est au Seigneur, qu'il se joigne à moi pour adresser à Dieu une prière qu'il a prouvé si souvent lui être agréable ». Cette pratique de dévotion ranimera peut-être ce feu de la Charité et de la dévotion chez nos frères qui sont séparés de l'Église de Jésus-Christ.

Les hommes apostoliques ont toujours prêché dans tous les pays, avec zèle et avec succès, cette dévotion; dans tous les temps, ils ont fait retentir les chaires chrétiennes des louanges de Marie et de l'excellence du Rosaire. Tous les auteurs qui ont traité des pratiques de piété envers Marie, ont proposé aux fidèles cette dévotion, en la présentant comme l'une des plus solides que l'on puisse établir en l'honneur de la Très Sainte Vierge, soit que l'on considère son institution qui n'a point eu d'autre objet nue d'honorer le Fils dans les grands privilèges dont il a comblé Sa Très Sainte Mère, et d'honorer la Mère qui, par Son humilité, s'est montrée si digne des faveurs singulières qu'Elle a reçues de Son Fils; soit que l'on considère les fruits de l'institution du Rosaire, c'est-à-dire la conversion des hérétiques albigeois. De là il n'est pas étonnant que cette pratique de dévotion, cette prière, que le Bienheureux Alain appelle la plus noble et, pour ainsi dire, la Reine de toutes les prières, soit universelle et étendue dans tous les endroits où Jésus-Christ est adoré; et que,
comme elle est propre à tous les âges, à toutes les conditions, à tous les lieux, il n'y ait point de ville, de village, de famille catholique qui ne soit sous la protection de la Très Sainte Vierge par le Rosaire.

Résolution

Comme nous avons le bonheur d'être des enfants non-seulement soumis et obéissants à notre Mère la Sainte Église, mais déplus, désireux de mettre en pratique tout ce que nous savons être l'objet de ses désirs et de ses conseils; la lecture de ce jour doit nous faire prendre la résolution de nous faire une habitude de réciter chaque jour au moins une partie du rosaire et de nous faire inscrire dans une Confrérie du Rosaire, puisque cette dévotion a été, à tant de reprises différentes, signalée par les souverains Pontifes comme très utile et pratiquée par les plus illustres serviteurs de Jésus-Christ qui ont brillé dans l'Eglise depuis Saint Dominique.

Prière


O Seigneur, Dieu de bonté, qui m'avez accordé la grâce ineffable d'être membre de Votre Eglise et de l'aimer comme ma Mère, donnez-moi toujours à son égard les sentiments de l'amour filial le plus pur et le plus vif, afin que non seulement j'obéisse en tout à ses lois, mais que j'aille toujours au-devant de ses désirs. C'est ce que je Vous demande en particulier relativement à la dévotion du Rosaire; que je la pratique avec Foi, ferveur et confiance, et qu'elle me procure le secret de bien prier, le moyen de bien vivre et l'avantage de bien mourir. Ainsi soit-il.

vendredi 10 octobre 2014

10 octobre (mois du Rosaire)

Dixième jour : Excellence de la dévotion du Rosaire

La dévotion du rosaire se justifie par elle-même; il suffit d'en connaître l'objet et la fin, l'esprit et les pratiques. Son objet est de faire connaître Dieu et Jésus-Christ, son fils; d'honorer Marie et de rendre des actions de grâces à la Très Sainte Trinité; ses pratiques sont la méditation des Saints Mystères de la Religion, et la récitation des trois plus belles prières de l'Église, le Pater, L'Ave Maria et le Gloria Patri, on y joint d'ordinaire le Credo pour commencer. Or, une dévotion appuyée sur ces fondements, ne peut être qu'une dévotion solide et excellente; aussi est-elle justifiée par la raison, consacrée par l'autorité, confirmée par le suffrage de la tradition, autorisée par des miracles, favorisée par le concours unanime des fidèles, enrichie enfin des plus précieuses indulgences du Saint Siège.

1° La dévotion du rosaire est justifiée par la raison. Pour connaître l'excellence de la dévotion du rosaire, il suffirait de parcourir les méditations des quinze mystères du rosaire et de paraphraser les prières qu'on récite; on verrait que le rosaire est tout à la fois un livre de méditation, de prières et d'actions de grâces. C'est un livre de méditation sur la vie, la passion et la gloire du Fils de Dieu , Jésus-Christ notre Seigneur; c'est la substance de tout l'Evangile, le précis de sa doctrine et l'abrégé des grandeurs de Marie.
En effet, dans les Mystères Joyeux, le fidèle découvre combien Dieu nous a aimés , jusqu'à nous donner son propre Fils; quel a été le zèle de Jésus-Christ pour notre salut; par quelles voies il a marché le premier pour nous tracer la route que nous devons suivre; il y apprend encore quels sont les obstacles au salut qu'il faut vaincre; les honneurs, les richesses et les plaisirs qu'il faut mépriser; les vertus d'humilité, de pauvreté et d'obéissance qu'il faut pratiquer; en un mot, il voit dans la vie du divin Sauveur tout ce que son amour infini a fait pour nous, et tout ce que nous devons faire pour lui.

Dans les Mystères Douloureux, le chrétien comprend quelle est la malice du péché; l'horreur qu'il doit nous inspirer; les châtiments qu'il nous prépare et quelle vengeance Dieu tirera des pécheurs impénitents, puisqu'il n'a pas épargné son propre Fils. Il voit ce que c'est que le péché, puisqu'il a fallu offrir une si grande victime à Dieu pour le réparer; ce que c'est que l'enfer, puisqu'il a fallu tant de douleurs pour nous en arracher; ce que c'est que le paradis, puisqu'il a fallu la Mort du Fils de Dieu pour nous le mériter; ce que vaut notre âme et ce qu'elle à coûté, puisqu'elle a été achetée à un si haut prix, au prix du sang d'un Dieu. Eh ! Qui pourrait, à la vue des tourments de notre Seigneur, refuser de souffrir et de porter ses croix avec patience? Combien elles doivent nous paraître de légers châtiments, en comparaison de nos offenses, et avec quelle reconnaissance
nous devons les recevoir de la main de Dieu.

Dans les Mystères Glorieux, le fidèle entrevoit les biens et la gloire que Jésus-Christ prépare dans le Ciel à ceux qui l'auront imité sur la terre; le bonheur d'une âme ressuscitée à la grâce par 1'Esprit-Saint, et l'inébranlable fondement de notre espérance, Jésus, au plus haut des cieux, où il est notre pontife, notre avocat et notre intercesseur; enfin, il découvre dans l'élévation de Marie et dans son Couronnement, les grandeurs de la Mère de Dieu, et le motif de notre confiance en la puissance et en la Unité de Celle qui a été établie la reine du ciel et de la terre, la dispensatrice des grâces, la mère et la médiatrice de tous les chrétiens , la protectrice de tous les peuples et de tous les empires.

Le Rosaire est aussi un livre de prières; il se compose des prières les plus usitées dans l'Église, et les plus parfaites. Quoi de plus parlait que la prière du Pater, l'Oraison dominicale, c'est a-dire, l'oraison que le Seigneur a daigné nous apprendre Lui-même ? Pouvons-nous réciter une prière plus sublime que cette prière Divine descendue des cieux, qui renferme tout ce que nous pouvons demander pour la gloire de Dieu, pour nous-mêmes et pour le prochain ? Nous demandons d'abord la gloire de Dieu, l'accomplissement de Sa Volonté sur la terre, comme les Anges l'accomplissent dans le Ciel; pour nous et le prochain, les biens spirituels du Salut, les biens temporels de la vie présente, et les biens éternels du Royaume de Dieu; enfin, la grâce d'être délivrés des maux passés, par le pardon de nos fautes, et des maux présents, par la préservation du péché; et des maux futurs, par le triomphe sur nos passions, afin de jouir de la paix de cette vie et du bonheur de l'autre.

Quoi de plus touchant que la prière de l'Ave Maria que nous avons expliquée et paraphrasée longuement les premiers jours de ce mois ? Cette prière est composée des paroles de la Sainte Ecriture et de celles de l'Eglise qui nous rappelle les grandeurs et les privilèges de Marie et y joint les louanges de la Mère de Dieu, pour augmenter les motifs de notre confiance et la ferveur de notre prière. Quoi de plus noble que cette doxologie du Gloria Patri, qui termine chaque dizaine ? Profession de Foi si précise à l'égard du mystère ineffable d'un seul Dieu en trois personnes, que nous ne saurions trop louer et bénir; hymne de reconnaissance sublime, que les fidèles à l'exemple des choeurs célestes, répètent souvent avec l'Eglise dans l'Office Divin, en l'honneur de la Très Sainte Trinité.

Enfin, quoi de plus propre à nourrir et à entretenir la foi que la récitation du Credo, du symbole des Apôtres, qui contient l'abrégé des principales vérités que nous devons croire ? Voilà tout le plan du Rosaire développé; voilà son esprit mis à la portée de tous: eh bien ! je le demande à toute personne sensée, y a-t-il la moindre chose que la raison puisse désavouer ? Ce serait donc faire trop d'honneur à l'irréligion, que de vouloir traiter sérieusement les questions oiseuses que son ignorance a mises quelquefois en avant sur la simplicité, sur l'uniformité des prières du Rosaire sur l'ordre et la division des mystères qui le composent; si, d'un autre côté, il n'est rien de plus simple, de plus naturel, de plus populaire de l'autre, est-il rien de plus beau, de plus profond et de plus élevé? Est-il rien de plus agréable à Jésus-Christ et à Marie, de plus utile aux hommes et, par conséquent, de plus digne de Dieu ? Que pouvez-vous désirer à Dieu de plus grand que la sanctification de Son Saint Nom, l'avènement de Son Règne et l'accomplissement de Sa Volonté ? Que pouvez-vous
demander à Dieu de plus nécessaire pour vous que votre pain quotidien, le pardon de vos offenses, le secours contre les tentations, la délivrance des vrais maux? Que pouvez-vous dire à Marie de plus agréable que les paroles de l'Archange, en lui annonçant le mystère du Verbe incarné? Et pouvez-vous employer plus utilement la protection de Marie, qu'en la priant d'être votre médiatrice pendant la vie et à la mort ? Admirez la Divine Providence; Elle n'a pas voulu confier à l'éloquence humaine le modèle de nos prières, ni l'éloge des Vertus de Marie; le Fils de Dieu est venu nous apprendre Lui-même à bien prier, et Il a envoyé un Archange pour nous apprendre à louer Sa Mère.

L'Oraison Dominicale est l'abrégé de toute la religion, la règle de nos devoirs, le symbole de la Foi le plus sublime, le code de morale le plus parfait, et la leçon de charité la plus touchante: le Père qui nous promet tout; le Fils qui pardonne tout; le Saint-Esprit qui accorde tout: rien n'est oublié; et dans la Salutation Angélique le mystère ineffable d'un Dieu fait homme, d'une Vierge mère de Dieu: quels objets divins à contempler ! Peut-on se lasser de les admirer, et peut-on ne pas répéter souvent et avec transport les paroles qui sont consacrées pour nous les rappeler ? Quel plaisir de les dire et de les redire cent fois ! N'est-il pas infiniment doux de se rappeler ce qu'on aime ? Il n'y a qu'un coeur indifférent qui puisse en trouver la répétition ennuyante.

Quant à l'ordre et à la division de ces Mystères, rien n'est plus adapté à l'économie de notre sainte Religion. Les Mystères du premier ordre sont les objets de la Joie de Marie, parce qu'ils sont le principe de notre Salut; les Mystères du second ordre sont les motifs de Ses Douleurs, parce qu'ils accusent notre ingratitude; les Mystères du troisième ordre sont les sujets de Sa Gloire, parce qu'ils nous ouvrent le paradis; or, quelles leçons instructives dans tous ces détails et dans tous ces objets, dans ces motifs, dans ces exemples ? Quoi de plus propre à éclairer notre esprit, à toucher notre cœur et à diriger nos actions ? Le Rosaire nous apprend à bien prier, à bien vivre et à bien mourir; que les fidèles étudient donc tous le Rosaire avec soin: les ignorants, pour s'instruire; les pécheurs, pour se convertir; les justes, pour se sanctifier; les parfaits, pour persévérer dans la perfection des voies divines: la raison seule nous en ferait un devoir, si la foi n'en avait déjà révélé les
avantages.

Résolution
Ne négligeons pas de réfléchir aux motifs que la raison et le simple bon sens nous donnent pour prouver l'excellence de la dévotion du rosaire. Saint Paul exige des fidèles de ne rendre à Dieu qu'un culte raisonnable, c'est-à-dire, fondé en raison. Sans doute, il suffit à tout fidèle de savoir une pratique de dévotion reçue dans l'Eglise, pour être sûr qu'elle est raisonnable; mais il n'en doit pas être moins consolant pour nous d'avoir acquis aujourd'hui la conviction qu'en ne consultant que la raison seule, le Rosaire est une dévotion très appropriée aux besoins spirituels de l'homme; par conséquent, que nous ferons chose agréable à Dieu en la pratiquant.

Prière


Nous Vous rendons mille actions de grâces, Seigneur, d'avoir daigné faire connaître aux fidèles une pratique de dévotion si à la portée de tous, si aisée et si propre à leur inspirer les sentiments qui seuls peuvent Vous être agréables. Ne permettez pas, Seigneur, que nous la négligions, ni que nous l'accomplissions sans cette ferveur et sans cet esprit de Foi, d'espérance et de confiance filiale qui doivent distinguer Vos vrais serviteurs. Nous Vous demandons ces grâces par l'intercession de Marie, notre bonne Mère. Ainsi soit-il. 

jeudi 9 octobre 2014

9 octobre (mois du rosaire)

Neuvième jour : Le Rosaire en général

Le Rosaire, en général, est un Chapelet plus étendu ou l'application d'un Chapelet de quinze dizaines aux quinze principaux mystères de la religion. L'étymologie du mot Rosaire est la même que celle du Chapelet; il dérive aussi de couronne ou bouquet de roses. On l'appelle ainsi, parce que de même qu'on dit que nos prières sont, devant Dieu, un encens d'agréable odeur, de même la Couronne du Saint Rosaire est l'hommage d'une couronne spirituelle, formée de louanges et de prières, que l'on offre à la Sainte Vierge et à Son Divin Fils, comme on dépose à leurs pieds des couronnes de fleurs et de roses. Saint Grégoire de Naziance avait donné la première idée du chapelet; Sainte Brigide en avait inventé la forme et promulgué la dévotion; Saint Dominique perfectionna l'une et l'autre, et lui donna le nom de Rosaire. Le chapelet ordinaire de Sainte

Brigide était composé de 6 dizaines ou de 68 Ave Maria, en l'honneur des 63 années de la Très Sainte Vierge; Saint Dominique, pour honorer les mystères du Verbe incarné composa le rosaire, de 150 Ave Maria distribués en 15 dizaines, précédées chacune d'un Pater et terminées par le Gloria Patri, qu'il substitua au Credo qui termine chaque dizaine du chapelet de Sainte Brigide.
Ce nombre de 150 Ave Maria, qui répond au chiffre des psaumes de David, et ce verset du Gloria Patri imité de l'usage introduit par le pape Damase, en 868, à la fin de chaque psaume de l'Office Divin, firent appeler le Rosaire le « Psautier de la sainte Vierge ». On distingue trois sortes de dénominations du Rosaire : le rosaire ordinaire, le rosaire perpétuel, et le rosaire vivant. Le rosaire ordinaire consiste à réciter le rosaire entier ou les quinze dizaines, une fois la semaine. Le rosaire perpétuel consiste à réciter, une fois l'année, le rosaire entier, à une heure du jour on de la nuit qu'on s'est prescrite. Le rosaire vivant consiste à réciter le rosaire entier dans l'espace seulement de quinze jours, en ne disant qu'une seule dizaine tous les jours, en union de quinze personnes qui en récitent une chacune et méditent un des 15 mystères. Le rosaire ordinaire est celui de la confrérie du rosaire; il consiste à réciter 150 Ave Maria sur les petits grains et 15 Pater sur les gros grains, et à méditer à chaque dizaine, sur l'un des quinze principaux mystères que l'on divise en mystères
joyeux, douloureux et glorieux. Les cinq mystères joyeux sont: l'Annonciation, la Visitation, la Naissance de Jésus-Christ, Sa présentation et Son recouvrement dans le Temple. Les cinq mystères douloureux sont: l'Agonie de Notre-Seigneur au jardin des Oliviers, la Flagellation, le Couronnement d'épines, le Portement de la Croix et le Crucifiement. Les cinq mystères glorieux sont: la Résurrection du Sauveur, Son Ascension, la Descente du Saint-Esprit, l'Assomption de la sainte Vierge, et Son Couronnement dans le ciel. Ces quinze mystères sont un abrégé de l'Evangile, un précis de l'histoire, de la Vie, des Souffrances et des Triomphes de Jésus-Christ mis dans un ordre à la portée de tout le monde, et propre à graver dans la mémoire les vérités du christianisme.

Il ne suffit pas de connaître le rosaire superficiellement, pour se déterminer à embrasser cette dévotion; il faut encore connaître à fond la formule des prières et des méditations dont elle se compose, son excellence, ses avantages, les devoirs et les usages de la Confrérie, afin de se conformer aux règles tracées par l'Eglise, et de pouvoir ainsi jouir des fruits qui en résultent, comme des faveurs qui y sont attachées. S'il est important de connaître les biens que l'on doit recueillir d'une succession, il faut aussi savoir à quelles conditions; il faut en quelque sorte essayer ses forces, pour s'assurer si l'on pourra en supporter les charges et acquitter les obligations. Nous développerons, les jours suivants, tout ce qui pourra éclairer la piété des fidèles, nourrir et perfectionner leur dévotion par rapport au rosaire, de manière à rendre ce qui concerne cette dévotion aussi complet que possible.

La dévotion du Rosaire Perpétuel est une dévotion libre, indépendante même de la Confrérie du rosaire, mais elle en est un magnifique accessoire. En France, il est d'usage que ceux qui se font inscrire dans la Confrérie du Rosaire, se fassent inscrire dans le registre du rosaire perpétuel, pour l'heure annuelle du Rosaire qu'ils ont choisie afin de réciter pendant cette heure-là, le rosaire en entier pour tous les confrères et surtout pour les agonisants. Nous ne croyons pas que cette dévotion soit connue en Belgique; puisse la lecture de ce mois inspirer l'idée de l'y implanter ! On voit que le Rosaire Perpétuel est une dévotion dans le genre de l'adoration perpétuelle. On lui donne le nom de Céleste, d'abord, parce qu'elle imite et fait la fonction des Esprits Célestes qui sont continuellement en adoration, dans le Ciel, devant le trône de Dieu; ensuite, parce qu'elle remplace l'Office Divin continuel et successif qui avait lieu autrefois dan» plusieurs abbayes où les religieux divisés en plusieurs chœurs, se succédaient perpétuellement dans l'église, et se relevaient successivement
même la nuit, pour y chanter sans aucune interruption les louanges de Dieu. Quelle dévotion plus céleste, en effet. que celle qui, dans toutes les parties du monde. laisse aux pieds des autels, en tout temps et en toute heure du jour et de la nuit, des âmes ferventes, pour offrir à Jésus et à Marie les hommages, les voeux et les prières de tant de confrères unis par les liens de la charité ? Est-il rien de plus touchant, de plus doux, de pins consolant que la pensée de ce ravissant spectacle qui est en si parfaite harmonie avec celui des cieux?

Tandis que vous vaquez aux affaires de votre état et aux sollicitudes du jour et de la vie, des milliers
d'associés prosternés humblement devant le sanctuaire, offrent en votre nom et pour vous, la prière qui terme l'enfer, réjouit la terre et ouvre les cieux. Vous en recueillez le fruit, le mérite et les bénédictions qui y sont attachées. Combien ne serait-il pas à désirer que cette dévotion pût s'établir et se répandre en Belgique ! La paroisse de Saint Thomas d'Aquin à Paris, offre continuellement, aux pieds des autels, ce spectacle touchant de ferveur et d'édification; les personnes de la plus haute distinction sont les premières à en donner l'exemple. Pie VII a accordé, le 16 Février 1808, une indulgence plénière aux fidèles qui, inscrits pour l'heure du rosaire, réciteront, pendant l'heure qui leur est assignée, le rosaire en entier: cette indulgence est applicable aux âmes du purgatoire.

Le Rosaire Vivant a été établi pour être comme le véhicule et le soutien des confréries du rosaire. Cette dévotion accoutume peu à peu les fidèles à réciter une dizaine du rosaire chaque jour; ils en diront bientôt volontiers deux par jour et trois le dimanche, c'est-à-dire, tout le rosaire en sept jours, tel qu'il est prescrit pour les membres de la confrérie du rosaire; or, cette différence presque insensible, leur paraîtra si peu de chose qu'ils ne balanceront plus à continuer la récitation du Rosaire hebdomadaire, et à se faire inscrire dans la confrérie, afin de gagner des indulgences plus multipliées et plus étendues, et de participer à des avantages et à des privilèges bien plus précieux. Nous parlerons un autre jour de l'origine, du but, des pratiques et des indulgences de l'association du Rosaire Vivant; nous nous bornerons aujourd'hui à rapporter les paroles de Sa Sainteté Grégoire XVI, dans son bref du 27 Janvier 1842: « Nous n'avons pas hésité de revêtir une pratique si salutaire de notre autorité et de notre approbation pontificale, et de l'accréditer, en y attachant des indulgences, parce que nous nous rappelons les grands avantages qu'a ressentie toute l'Eglise catholique, lorsque le peuple fidèle a commencé à implorer la puissante protection de la sainte Vierge par la récitation du Rosaire Car nous avons la ferme confiance qu'un des heureux effets de cet exercice sera de contribuer par sa facilité même, à rendre plus fréquente la récitation d'une prière si propre à honorer saintement la Mère de Dieu, en tout temps et en tout lieu, et à lui communiquer une nouvelle force par l'union et le concert de tant d'associés qui le récitent ».

Résolution

Que notre résolution de ce jour soit d'unir la méditation à la prière; c'est le moyen de bien prier, et nous avons déjà une idée assez nette du Rosaire, pour comprendre qu'il a pour but d'accoutumer à la méditation les personnes qui le récitent. Joignons-nous, au moins d'esprit, aux fidèles qui le récitent, en tout ou en partie, chaque jour, avec une nouvelle ferveur pour toucher le Coeur de Dieu et attirer Sa Divine Miséricorde.

Prière

Je me joins. Seigneur, à vos fervents serviteurs attentifs à Vous payer chaque jour leur tribut d'hommages, de prières et d'actions de grâces, en récitant en tout ou en partie le rosaire, qui a procuré et qui procure encore de si grands avantages à l’Église, en faisant implorer avec tant de ferveur la puissante protection de la Sainte Vierge. Mon désir est de voir s'établir dans tous les pays le Rosaire Perpétuel; je Vous promets, Seigneur, de m'y adonner dès maintenant, je me propose de consacrer chaque année, une heure à la récitation des quinze dizaines du rosaire, faite avec attention et ferveur. Ainsi soit-il.


mercredi 8 octobre 2014

8 octobre ( Mois du Rosaire )

Huitième jour :Origine du Rosaire, Saint Dominique

Comme c'est à Saint Dominique que l'on doit cette méthode de prier, appelée Rosaire, pratique de dévotion qu'il établit après une apparition dont la Sainte Vierge l'honora en 1208, pendant qu'il prêchait contre les Albigeois, il est nécessaire de faire connaître aux lecteurs ce grand Saint. Il naquit à Calarveja en Espagne. Il était fils de Don Félix de Guzman, nom célèbre qui subsiste encore aujourd'hui. Sa mère s'appelait Dona Jeanne de Aza. On lui donna le nom de Dominique en l'honneur d'un Saint Abbé, appelé Dominique de Silos. Il ne fut pas plus tôt en état de faire usage de sa raison que sa vertueuse mère l'instruisit de ce qu'il devait à Dieu. Sa ferveur était si grande dans sa jeunesse que souvent il se levait pendant la nuit pour prier; il aimait aussi dès lors les pratiques de la mortification. Il fit de rapides progrès dans ses études et acquit une parfaite connaissance de l'Écriture et des Pères. Instruit par les Livres Saints que l'esprit du Seigneur n'habite que dans les âmes chastes, il veillait avec la plus grande attention sur son coeur et sur ses sens. Toujours occupé de la présence de Dieu, il s'entretenait rarement avec les hommes et ne parlait même qu'en peu de mots aux personnes vertueuses.

Les exemples de sa mère lui avaient inspiré une tendre dévotion pour la sainte Vierge et un amour
extraordinaire pour les pauvres. Sa charité éclata surtout dans une famine: il se défit de son argent, de ses biens, de ses livres et généralement de tout ce qu'il possédait, pour assister les malheureux. Une pauvre femme, fondant en larmes, lui demanda un jour de quoi contribuer au rachat de son frère que les Maures avaient fait esclave. Les entrailles de Dominique furent émues de compassion; mais, comme il ne lui restait plus rien à donner, il dit à cette femme: « Je n'ai ni or, ni argent; ne vous affligez cependant pas, je sais travailler; offrez-moi aux Maures, en échange pour votre frère; je veux être esclave à sa place ». Celle-ci étonnée d'une pareille proposition n'osa l'accepter; mais Dominique n'en eût pas moins devant Dieu le mérite de la Charité.
Après avoir subi ses examens à l'université de Palencia, il y donna des leçons publiques d'Ecriture sainte et y annonça la parole de Dieu avec un succès étonnant. L'Evêque d'Osina le fit associer aux chanoines réguliers de Saint Augustin qui formaient le chapitre de sa cathédrale; il en fut nommé sous-prieur. Malgré cette charge il continua à prêcher jusqu'en 1203, année où sou évêque l'emmena avec lui en France. Il le conduisit de là à Rome, d'où le pape les renvoya en France avec la mission de prêcher l'un et l'autre les Albigeois, afin de les convaincre et de les convertir. Voici quelques-unes des erreurs adoptées par ces hérétiques. Ils admettaient deux principes, l'un bon et l'autre mauvais. Ils soutenaient qu'il y avait deux Christs, l'un mauvais qui avait paru sur la terre; l'autre bon, qui n'avait jamais vécu dans ce monde. Ils niaient la résurrection de la chair et croyaient que nos âmes étaient des démons condamnés à être renfermés dans des corps, en punition des péchés qu'ils avaient commis dans un état précédent; ils condamnaient les sacrements, etc, etc. L'évêque d'Osma et Saint Dominique ne négligèrent rien pour réussir dans la mission que le souverain Pontife leur avait confiée; mais bientôt l'évêque se retira dans son diocèse et Saint Dominique se trouva chef de la mission; c'était en 1207.

Saint Dominique n'employa contre les erreurs que les armes de la persuasion. Il imitait la douceur, la charité, l'humilité et la pauvreté des Apôtres: mais la corruption des moeurs, l'ignorance des peuples, l'impiété des hérétiques, le fanatisme des infidèles mirent longtemps un grand obstacle au succès de la mission. Saint Dominique en triompha enfin, après trois ans de travaux et de fatigues, par la prédication du rosaire. Ce héros de la foi, un de ces hommes extraordinaires que Dieu tient en réserve dans les conseils de Sa Providence, pour les opposer, comme un mur d'airain, à la fureur des tempêtes, s'adressait avec la plus entière confiance filiale à la sainte Vierge qui a reçu le pouvoir de détruire toutes les hérésies, comme le proclame l'Eglise dans ses chants; mais il joignait aux prières les plus ferventes, les larmes, les jeûnes et tontes les pratiques de la plus austère pénitence afin de pouvoir fléchir plus sûrement la justice de Dieu.
Marie intercède; Dieu exauce les prières du saint apôtre. Un jour la Reine du ciel apparaît à Saint Dominique dans la ferveur de son oraison, le console et lui inspire d'opposer au torrent de l'erreur la prière chrétienne et la majestueuse simplicité de la foi. Saint Dominique comprend parfaitement que la source de tous les maux est l'ignorance ou l'oubli des vérités de la foi et du salut; guidé par la Sainte Vierge, il prend pour symbole le rosaire, formé de trois Chapelets ou de quinze dizaines, et y applique autant de mystères qu'il développe aux fidèles, avec cette éloquence irrésistible qui triomphe de tous les obstacles. Ce fut à Toulouse, en l'année 1208, qu'il institua le rosaire et qu'il commença à le prêcher aux peuples. Toulouse, Montpellier, Agen, etc., furent tour à tour le théâtre de ses combats et de ses succès. Ces succès de la prédication du rosaire furent si rapides qu'ils surpassèrent toutes les espérances et étonnèrent Rome elle-même. Les peuples accouraient en foule pour s'unir à la récitation du rosaire; ils se pressaient autour de la chaire de vérité pour entendre le développement des mystères; ils baisaient le rosaire, l'arrosaient de larmes, et en interrompaient la récitation par leurs sanglots. Bientôt les églises ne peuvent plus suffire au nombre prodigieux des assistants. Saint Dominique est obligé de se porter dans tous les endroits; et sa parole puissante étend au loin tous ses prodiges. L'éloquent panégyriste du rosaire de Marie, en peu de temps a tout changé et converti au moyen d'une simple formule de prières; et tous les peuples célèbrent avec lui la sainteté, la gloire et la puissance de la Mère de Dieu. Telle fut l'origine du rosaire; et ce fait historique n'est plus aujourd'hui contesté: douze souverains Pontifes, au moins, ont déclaré que Saint Dominique était en effet l'auteur du rosaire, que c'était lui qui l'avait institué.

Résolution

Admirons la Providence qui aime pour ainsi dire à recommander l'humilité par les moyens simples qu'elle inspire d'employer pour obtenir ses plus grands effets. Des hommes très-distingués par leur savoir et par leurs vertus furent chargés de travailler à la conversion des hérétiques, et ils n'obtinrent presque aucun succès; Dieu voulait régénérer le pays et abattre l'hérésie par la formule de prière la plus simple, la plus humble, la plus populaire. Efforçons-nous donc de mettre toute notre confiance dans la prière; prions, et nous apprendrons à connaître l'efficacité de ce grand moyen de salut.

Prière




O Seigneur, Dieu de bonté, qui en inspirant à l'un de Vos fidèles Serviteurs, l'efficacité de la prière jointe à la méditation des principaux mystères de la religion, avez voulu nous donner lieu de nous pénétrer de ce tendre et sincère esprit de piété d'où découle l'eau vivante qui sanctifie toutes nos actions, accordez-nous la grâce de pratiquer cet exercice de dévotion avec ferveur et avec fruit. Nous avons la certitude que cette dévotion Vous est agréable: c'en est assez, Seigneur pour nous la faire aimer et pratiquer avec la plus entière confiance. Ainsi soit-il.